Aujourd’hui je vous emmène dans l’univers de silence et de résonance de Büşra Kayıkçı.
On part en Turquie, à Istanbul. A l’âge de 9 ans ses parents l’inscrivent à des cours de piano. Elle apprend alors de façon rigoureuse et parfois rigoriste toute la grammaire, comme on apprend une langue morte. Pas de plaisir pour elle mais l’espoir pour ses parents d’une vie peut-être améliorée par ce savoir inscrit dès le plus jeune âge, pour leur fille pour laquelle ils espèrent une vie plus épanouie et libe que de finir mariée et mère au foyer.
Elle est gosse et ne comprend pas encore tout de ce qu’elle apprends mais ce qu’elle fait commence à résonner en elle. Elle suivra par la suite une scolarité normale et fera une formation universitaire en architecture d’intérieur et design environnemental.
C’est à cette période que les ponts se construisent dans son esprit et qu’elle relie, les pratiques artisanales, les instruments, les outils, la matière, le son, les formes, et l’organisation de la musique. C’est un peu comme si tout le puzzle de sa vie s’assemblait en une fois devant ses yeux. Elle fera des parallèles entre les métiers à tisser qu’elle avait vu fonctionner sous les doigts de sa grand-mère et le piano dont elle réfute la simple fonctionnalité de meuble sonore et qui trône dans le salon de l’appartement familial.
Il y a quelque chose de commun aux outils et aux instruments, ce sont des objets dont la valeur ne dépend que de celle de la personne qui les emprunte, ils n’ont aucune obsolescence, ils restent ce qu’ils sont tant qu’on ne leur donne pas vie.

Sa musique c’est tout cela, quelque chose qui relie les choses entre elles, quelque chose qui donne du sens aux symboles, et prend le temps d’observer, en silence sans essayer de répondre à des questions qui n’attendent pas de réponse, ou peuvent en avoir une infinité. Chaque note est présente pour disparaître, rien ne doit rester. La beauté n’est qu’une notion éphémère, elle s’envole et disparaît si on a pas été assez éveillé pour s’en apercevoir et l’apprécier. On peut répéter un motif mais toujours en gardant à l’esprit que la première impression doit guider notre volonté à prendre soin de tout ce qu’il advient par la suite.
Sa carrière est absolument passionnante et elle aura eu en tant que femme, portant le voile à se justifier, à prouver sa légitimité, et démontrer qu’elle n’a pas et n’a jamais eu de propos religieux, et qu’au contraire, en jouant dans des églises pour ses concerts, en ouvrant les collaborations de tout horizon, elle a toujours démontré qu’elle cherchait quelque chose de plus grand que tout ce qu’on peut en dire individuellement, chacun inscrit dans nos propres certitudes et semblants de vérité.

Je vous invite maintenant à découvrir sa magnifique discographie. Je vous averti qu’elle peut s’envisager comme simple fond sonore, mais attention, vous ne connaîtrez pas un seul instant d’ennui si vous décidez de lui accorder une écoute attentive et concentrée.
Commencez par cet album sorti en 2023, il est le plus accessible sans être le plus épuré car contenant quelques textures électroniques qu’elle produit elle même pour s’accompagner.
Ensuite je vous propose de vous plonger dans ce qui fût la génèse de sa discographie, un album qui reste à portée de main de tout ceux qui le touchent un jour, certainement parce qu’il ne ressemble à rien, ni de près ni de loin.
Et puis vous trouverez aussi un album en collaboration avec Başak Günak (AH! Kosmos) qui s’appelle Bluets, une façon différente d’aborder ce qu’elle fait, peut-être moins concentrée.
Et si vous préférez je vous propose ce live Arte Concert à l’occasion du Piano Day (évènement que je suis depuis des années maintenant et qui m’aura permis de nombreuses et belles découvertes), un moment suspendu incroyable.
J’allais oublier, prenez soin de vous et n’hésitez pas à vous exprimer sur mes réseaux sociaux, la musique se partage et se vit plus belle encore à plusieurs.