Aujourd’hui je vous emmène dans une chronique en long format ici dans mon média, ce blog que j’utilise pour les besoins de développement que je ne peux avoir dans les formats courts de mes réseaux sociaux.
On part dans un univers de textes en français, on descend dans un premier album, celui de Sam Sauvage. Si vous vous demandez ce qu’il vient faire au milieu de tout ce que je raconte d’habitude c’est que vous êtes sur la bonne piste et que la direction artistique de ce compte est sur la bonne direction.
Il naquit prénommé Hugo, homme rose et potelé le 25 avril 2000 dans le Pas-de-Calais, un environnement à la fois rude et immensément riche d’une culture du verbe et de gouaille. Son environnement familial est composé de gens qui aiment la musique et la pratiquent sous toutes ses formes. Lui découvre Dylan (oui le Bob D.) et se prend d’affection pour tout un univers de mots, de verbes et d’idées l’emmenant jusqu’à un bac L qu’il complète par un cursus d’ingénieur du son en s’installant plus tard à Paris.
Lui c’est un amoureux de la musique et ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir retranscrire avec cette sincérité une émotion et une ambiance. Il y aura toujours deux types d’amoureux des animaux, ceux qui les prennent en photo et ceux qui les mettent en joue avec un fusil. On confond trop souvent musique et intention. Il y a celle qui naît comme un geste artistique, fragile, nécessaire, et qui devient ensuite un objet marchand parce qu’il faut bien qu’elle circule. Et puis il y a celle qui est pensée dès le départ comme un produit, avec son cahier des charges, sa cible, son emballage. Parfois, le miracle opère et le produit dépasse sa fonction pour atteindre quelque chose de plus grand. Mais soyons lucides : la plupart du temps, un produit reste un produit. Toute la question est là. Distinguer l’élan sincère du calcul habile. Identifier si l’on écoute une nécessité intérieure ou une stratégie bien rodée. Savoir si le masque cache un prédateur ou si, au contraire, une œuvre véritable s’est simplement résolue à entrer dans le marché.
La première fois où j’ai écouté l’album je l’ai fait de façon attentive et voilà tout ce que j’y ai entendu. J’y ai entendu l’alerte écologique déjà chantée par Mickey 3d avec Respire, j’y ai entendu tout l’esprit et la poésie de Dominique A, les jolis mots bien découpés de Bertrand Belin et La Grande Sophie. J’y ai entendu l’humour grinçant d’un Gotainer, et le même niveau d’exigence pour toute la précision dans les layouts de synthétiseur modulaires, les mêmes que ceux qui font le caractère des instrumentations de Zaho de Sagazan.

Quand il parle d’amour j’entend Alain Bashung et Daniel Darc parce que c’est cette écriture désabusée faites de ces mots qui ne sortent que d’une voix étranglée les dents serrées, ces mots qu’il doit laisser sur des post-it un peu partout chez lui pour les retrouver plus tard et les assembler pour faire une chanson comme le fait Benjamin Biolay. L’écriture de Sam Sauvage est touchante parce qu’il n’y a rien de léger dans son propos, surtout quand il nous demande la permission d’exprimer, de dire ce qui est au fond de lui comme une blessure, quelque chose qui ne se dit pas mais peut s’écrire.
Sa musique est comme une sorte de cape d’invisibilité, pour protéger l’important et faire danser, avec malice et comme sur les dévellopements du morceau “les gens qui dansent” où il y a une vraie référence aux morceaux construits à l’époque par The cure ou Tears For Fears et Talking Heads.

Voilà maintenant vous savez pourquoi j’en parle et pourquoi l’émotion surgit. Non pas parce que la musique cherche à impressionner, mais parce que le texte touche juste. Parce qu’il met des mots simples sur des sensations complexes. Parce qu’il permet à celui qui écoute de se reconnaître sans qu’on lui explique quoi penser.
Le parcours de découverte va être simple, rendez vous sur son premier album, prenez le temps d’une écoute attentive, l’œuvre le mérite vraiment.