Aujourd’hui je vous emmène en Argentine dans l’univers incantatoire de Pedro Canale, aka Chancha Vía Circuito.

Aviez vous envie d’apprendre une autre langue pour communiquer ? 

Vous aviez envie de découvrir une culture, une nouvelle vision, une nouvelle histoire, un nouveau point de vue sur le monde, depuis une toute nouvelle longitude ? Trouver dans la musique ce qu’est le langage universel. Celui qui nous rappelle que nous sommes tous différents et que nous sommes tous les mêmes. Certains ne sont pas sincères, on parle de personnalités en plastique, d’autres sont faits de terre, d’eau, de sable de brique de béton de bois de verre et de poussière d’étoile. Ils emploient la musique comme langage universel pour imager, raconter et éclairer. Cette universalité a un prix. Le prix du sens celui du réel. Le prix de devoir comprendre le monde qui nous entoure, celui de voir avec clarté. La musique comme langage universel pour porter l’imaginaire, pour porter le sens qu’on voudrait que les évènements prennent dans la nôtre et dans la vie des autres.

Voilà ce qu’est la musique de Pedro Canale.

Lui est DJ argentin, né en 81 dans le Grand Buelos Aires. En 2005 il choisis « Chancha Vía Circuito » comme nom d’artiste. À Buenos Aires, il existe une ligne ferroviaire appelée le Ferrocarril General Belgrano. L’une de ses branches est surnommée depuis des décennies « la chancha » ou « la chancha vía circuito ». Chancha signifie littéralement truie ou cochon femelle en espagnol. Dans l’argot argentin, ce mot est aussi utilisé pour désigner quelque chose de lourd, lent, un peu pataud. Plusieurs véhicules, notamment certains anciens trains ou autorails, ont reçu ce surnom. Vía circuito signifie « par la voie de ceinture » ou « par la ligne circulaire et de contournement ». Cela servait à distinguer cette branche d’autres itinéraires empruntés par les trains des riches de la ville.

Ce nom populaire donné par les habitants à un train de banlieue qui desservait certains quartiers périphériques de Buenos Aires signifie beaucoup. Il représente tout le monde qui gravite autour des villes, ce peuple qui au fil des ans est repoussé de plus en plus loin par la gentrification des quartiers centraux mais qui porte en lui toute la créativité et toute la culture populaire et suburbaine de son époque.

C’est une image qui correspond remarquablement à sa musique, elle aussi faite de circulations entre traditions rurales, cultures indigènes et électronique contemporaine. Canale ne cherche jamais une esthétique futuriste déconnectée du réel. Il s’intéresse aux circulations, aux territoires, aux cultures populaires. Il ne « remixe » pas le folklore, il construit une musique électronique à partir de son ADN. Chez beaucoup de producteurs « ethniques », les chants traditionnels deviennent des samples décoratifs. Chez Chancha, ils deviennent le cœur de la composition. C’est pour cela que beaucoup le considèrent comme l’un des fondateurs de ce qu’on appelle aujourd’hui le Digital Folklore, Organic Electronica, Andean Downtempo ou Folktronica latino-américaine.

Sa signature sonore ? Les percussions. Jamais agressives. Ouvertes. Très rondes. Très organiques. On a l’impression qu’elles viennent de la terre. Les basses. Très profondes. Souvent inspirées du Dub. Elles ne cherchent jamais la démonstration. Elles soutiennent le paysage. Les voix. C’est probablement son élément le plus important. Il travaille énormément avec des chanteuses sud-américaines. Par exemple Miriam García, Luvi Torres, Lidia Borda, Elia et Sofía Viola. Les voix sont souvent aériennes. Presque suspendues. Très peu d’effets. Elles restent humaines. Les instruments. On retrouve régulièrement charango, quena, siku, bombo legüero, guitare nylon et flûtes andines. Mais ils ne sont jamais utilisés comme folklore de carte postale. Ils respirent dans l’espaces. C’est probablement ce qui le distingue le plus. Il laisse énormément de silence. Ses morceaux sont rarement saturés. Chaque élément possède son propre espace. On retrouve une approche presque japonaise du vide. Beaucoup pensent que sa musique est spirituelle. Ce n’est pas une spiritualité « new age ». Il travaille avec des chants issus de traditions indigènes. Le sacré vient davantage du respect porté aux cultures qu’il met en musique que d’un discours mystique.

La plupart des producteurs utilisent le folklore comme une couleur. Pedro Canale le traite comme une langue. Il ne modernise pas les traditions, il les laisse dialoguer avec les technologies contemporaines. Ses morceaux donnent l’impression que les machines respirent au même rythme que les instruments acoustiques, sans que l’un prenne le dessus sur l’autre.

Je vais vous donner une voie pour le découvrir.

Commencez par cet EP Oro en Tí, vous le laissez entrer et vous aurez une première expérience de ce qu’est le son de Pedro Canale.

Ensuite je vous invite à plonger dans cet album La Estrella, sorti en 2022, absolument magnifique.

Le reste de sa discographie vous attends.

Son Bandcamp :

https://chanchaviacircuitomusic.bandcamp.com

Prenez soin de vous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.